
Cosmin Popan
Cosmin Popan est un migrant, ancien journaliste devenu chercheur en sciences sociales, passionné depuis toujours par les questions de mouvement — qu’il s’agisse de personnes, d’idées ou de vélos. Ayant vécu au Royaume-Uni et en France, et envisageant un nouveau départ, il porte un regard personnel sur les questions de migration et de mobilité. Son parcours académique a débuté par une thèse sur les mobilités urbaines à vélo, avant d’évoluer vers l’étude des imaginaires migratoires — notamment ceux qui circulent parmi la jeunesse ouest-africaine confrontée à l’incertitude économique et aux obstacles administratifs.
Cosmin s’intéresse non seulement à la manière dont les récits sont construits, mais aussi à la façon dont ils circulent. Il travaille à la croisée de l’ethnographie collaborative et de la recherche publique, avec le souci constant de rendre les savoirs académiques accessibles à un public plus large. Il est responsable du projet Doing Gig Work, une recherche multimodale qui documente les vies de livreur·ses à travers des méthodes participatives. Le projet comprend un site interactif qui recueille leurs récits [http://www.gigwork.city], ainsi qu’un jeu de rôle, Games Against Gamification, co-conçu avec des travailleurs du numérique pour détourner le contrôle algorithmique. Son travail articule recherche et narration, théorie et méthode, visibilité et attention. Plus d’écrits sur : https://medium.com/@cosminpopan

Aliou Diatta
Aliou Diatta est le capitaine de l’équipe de basketball du Port Autonome de Dakar et le narrateur du film. Mais son rôle va bien au-delà de la voix off. Aliou a ouvert Dakar à Cosmin — lui en révélant les rythmes, en lui présentant ses coéquipiers, et en contribuant directement à l’écriture et au tournage de scènes clés. Il a aidé à façonner les arcs narratifs du film, en les ancrant dans l’expérience vécue et les savoirs locaux.
Son propre parcours migratoire — deux années en tant que joueur semi-professionnel en Algérie — offre un éclairage direct sur les réalités de la mobilité, de l’aspiration et du retour. Mais plus qu’un simple sujet, Aliou a été un co-créateur : il a organisé des ateliers réflexifs avec d’autres joueurs et facilité des rencontres déterminantes avec différents publics — d’un concert de Mbalax bondé à Grand Dakar aux célébrations de Ndogu et Korité pendant le Ramadan.
La collaboration d’Aliou au film est aussi profondément personnelle. Elle s’est enracinée dans de longues conversations avec Cosmin — autour de cafés au citron tard le soir chez Elias, ou lors de trajets à moto entre le centre-ville et Grand Yoff. Ce n’étaient pas de simples pauses logistiques — ces moments sont devenus des espaces de réflexion politique, d’amitié et de critique, où les luttes quotidiennes et des analyses tranchantes de la présidence de Macky Sall ont pris forme.
À la fois “boss” et “très cher frère”, Aliou restera activement impliqué dans la postproduction du film. Il participera au montage, organisera des projections communautaires et traduira le film en wolof — pour qu’il s’adresse directement aux personnes avec lesquelles il a été conçu.
La présence d’Aliou donne à Barça ou Barzakh sa dimension la plus authentiquement collaborative. Son leadership, sa générosité et son engagement sans faille en faveur d’un récit collectif ont transformé ce film : d’un projet sur la mobilité, il est devenu un film façonné par le mouvement partagé, la confiance et la communauté.

Mouhamad Sall
Mouhamad Sall est réalisateur et directeur de la photographie. Son travail allie profondeur narrative et précision visuelle. Basé à Dakar, il est le fondateur de S ART Studio, une société de production audiovisuelle engagée dans un récit ancré localement et techniquement maîtrisé.
Pour Barça ou Barzakh, Mouhamad dirige la phase de postproduction — montage, étalonnage et design sonore — en façonnant la sensibilité sensorielle et émotionnelle du film. Sa participation a commencé par hasard : en découvrant par chance qu’il était voisin de Cosmin à Grand Yoff. Leur collaboration a été scellée par un petit geste révélateur : alors que Cosmin avait besoin d’une clé Allen pour ajuster son trépied, Mouhamad en avait une dans sa poche. À partir de là, un partenariat créatif dynamique est né.
Mouhamad a rejoint le tournage sur le terrain, en contribuant au travail ethnographique et en co-développant l’identité visuelle du film. Il a également monté la bande-annonce officielle, en trouvant un équilibre subtil entre l’imagerie poétique et la dynamique narrative pour refléter le ton émotionnel et politique du projet.
Il apporte au film une grande expérience dans la narration des histoires migratoires vues de l’intérieur. Mouhamad a co-réalisé et filmé Mirage, un court-métrage suivant deux frères, Moussa et Sidy, qui tentent de quitter le Sénégal en quête d’une vie meilleure en Europe. À travers les déserts, les mers et l’incertitude, Mirage retrace le poids émotionnel de la migration et la force du lien fraternel face à l’illusion et au danger.
Qu’il travaille sur une fiction scénarisée ou un documentaire collaboratif, la démarche de Mouhamad est guidée par la technique, le collectif et l’esprit critique. Sa contribution à Barça ou Barzakh n’est pas seulement technique, mais profondément politique : un engagement à raconter des histoires avec celles et ceux dont la vie est trop souvent racontée par d’autres.

Letizia Bonanno
Letizia Bonanno est anthropologue sociale et ethnographe. Son travail mobilise des méthodes multimodales et graphiques pour explorer des vies, des mouvements et des imaginaires qui dépassent les limites du langage. Elle a rejoint l’équipe de Barça ou Barzakh sur le terrain à Dakar, en travaillant en étroite collaboration avec les participant·e·s et l’équipe de tournage pour enrichir les textures visuelles et narratives du projet — et a même fêté son anniversaire sur l’escalier de l’immeuble où elle vivait, une brève pause au milieu d’un terrain intensif.
La contribution de Letizia porte sur l’intégration d’éléments graphiques et d’histoires dessinées, qui permettent de saisir ce que la caméra laisse souvent échapper : le non-dit, l’hésitant, le spéculatif. Ses illustrations évoquent des gestes fugitifs, des aspirations, et le poids affectif de l’incertitude — donnant à voir les dilemmes et les désirs qui façonnent les mobilités.
À travers son travail, Barça ou Barzakh dépasse la forme documentaire pour devenir une collaboration multimodale — un espace où se rencontrent ethnographie, art et imagination politique.

Boubacar Kane
Boubacar Kane is a basketball player and a skilled, self-taught video editor, continuing a legacy of visual storytelling inherited from his father. His contribution to Barça ou Barzakh repose sur une combinaison unique d’expérience sportive, de savoir-faire médiatique et de conscience politique.
Pour le film, Boubacar co-monte les scènes clés de basketball, participe au sous-titrage et produit des contenus courts pour les plateformes en ligne et les projections en festival. Mais son engagement a commencé bien avant la postproduction : lors de la grève de l’équipe du Port Autonome de Dakar, Boubacar a filmé et monté une vidéo percutante dénonçant la suspension des salaires — un acte de protestation ouvrière audacieux. La vidéo, largement partagée et disponible sur YouTube, a capturé l’énergie, la frustration et l’urgence de ce moment, affirmant que les joueurs ne sont pas seulement des athlètes, mais aussi des travailleurs réclamant reconnaissance et droits.
En dehors du film, Boubacar dirige SETSIMA1 TV, une chaîne YouTube en pleine croissance, ancrée dans le journalisme communautaire et le débat local. Portant le slogan “en honneur, au service du peuple”, la chaîne reflète son engagement pour des médias accessibles, centrés sur les gens — diffusant actualités, interviews et analyses directement auprès d’un public de plus en plus large.
Que ce soit derrière la caméra ou à la table de montage, Boubacar apporte un regard affûté, un sens du rythme forgé par le sport, et une profonde conviction dans la puissance du récit public. Sa présence renforce le noyau collaboratif de Barça ou Barzakh, où chaque membre de l’équipe apporte un savoir spécifique — cinématographique, ethnographique, graphique, musical — pour construire un récit collectif depuis le terrain.

Alhouseny Yattabarry
Alhouseny Yattabarry est assistant de terrain, interprète et étudiant en master de Migration internationale et relations interculturelles à l’Institut de Formation en Population, Développement et Santé de la Reproduction (IFPDSR) de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) à Dakar. Il est également titulaire d’un Master 2 en droit international public. Son implication dans Barça ou Barzakh a été essentielle — du recrutement des participant·es dans les communautés de pêcheurs et les quartiers urbains, à la coordination logistique sur le terrain, en passant par des traductions fines et nuancées entre le wolof et le français.
Ancré à la fois dans les milieux académiques et communautaires, Alhouseny a également joué un rôle essentiel en reliant le projet à d’autres étudiants de l’UCAD, ancrant ainsi le travail au sein des réseaux intellectuels et jeunesse de Dakar. Ses recherches portent sur l’intersection entre le changement climatique et la migration — un sujet qui entre en profonde résonance avec les thèmes centraux du film.
Maîtrisant les langues et les réalités quotidiennes qui façonnent le documentaire, Alhouseny veille à ce que la collaboration soit non seulement fonctionnelle, mais aussi ancrée intellectuellement et culturellement. Il ne se contente pas de traduire — il crée du lien, entre disciplines, communautés et expériences vécues. Grâce à Alhouseny, le chercheur principal a non seulement appris ses premiers mots en wolof, mais il a aussi découvert la richesse et l’importance des nombreuses formules de salutation nuancées qui structurent les interactions quotidiennes au Sénégal — des moments d’échange qui vont bien au-delà de la politesse, reflétant le respect, le rythme social et le sentiment d’appartenance.

Ibrahima Seck
Ibrahima Seck n’est pas le manager officiel de l’équipe, mais il est tout aussi essentiel — le cœur battant et l’énergie constante derrière l’équipe de basketball du Port Autonome de Dakar. Véritable homme-orchestre, Ibrahima est toujours là : il organise les trajets, encourage les joueurs, et se présente même quand personne ne le lui demande. Il suit l’équipe partout — jusque dans ses rêves. Avec sa chicha toujours à la main et un mot pour chaque passant, c’est un véritable griot postmoderne — une archive vivante de récits, d’espoirs et de sagesse de rue.
Dans son quartier de Dieuppeul-Derklé, tout le monde le connaît — et lui connaît tout le monde. Qu’il s’agisse de garçons ou de filles, de jeunes talents ou de joueurs confirmés, Ibrahima porte en lui le rêve de décrocher un contrat en Europe pour chacun d’eux. Sa foi en leur potentiel est inébranlable, et sa présence au bord du terrain, infatigable.
En décembre 2023, lors de la première visite exploratoire de Cosmin Popan à Dakar, c’est Ibrahima qui lui a ouvert les portes du monde du basketball sénégalais. Sans lui, Barça ou Barzakh n’aurait peut-être jamais vu le jour. En tant que guide, confident et passeur, Ibou — comme l’appellent ses amis — incarne l’esprit collectif et l’espoir partagé qui traversent tout le projet.
Le projet de recherche à l’origine de ce film est financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) dans le cadre de l’initiative France 2030, avec le soutien de l’Université Grenoble Alpes et de la Maison de la Création et de l’Innovation.
